Exposition : Christine SUTTON et Guy COLIN, Eloge des apparences

Du samedi 23 avril 2016 au dimanche 8 mai 2016

Lieu : Galerie d'Art municipale

Christine SUTTON et Guy COLIN
Eloge des apparences
du samedi 23 avril au dimanche 8 mai 2016
Exposition ouverte tous les jours, de 10h30 à 12h30 et de 15h00 à 18h00, entrée libre.


Une exposition, deux artistes

Comment à un moment donné les images de l’un et de l’autre se croisent, se côtoient, s’harmonisent ?
Sans idées communes, le parcours des deux artistes se croisent, avec la complexité des chemins, le labyrinthe des pensées, la construction et les influences.

Aujourd’hui l’alchimie fonctionne, les conditions sont réunies, les images «précipitent» comme des cristaux, leur vie prend forme ; du chaos à l’émotion.

Un va et vient graphique, tous les deux jongleurs d’illusions, mystificateurs et manipulateurs des matériaux bruts, la rouille, l’acier, l’anthracite, cachotiers des supports fragiles, alchimistes de poudres d’escampettes.

Chacun évolue librement, on ne sait pas pour combien de temps cette alchimie peut s’opérer – à la bonheur – profitons-en.

Let’s make the best of it !


Christine SUTTON – Noir ?

Christine SUTTON (traces terrils)

Christine SUTTON (traces terrils)

Je suis née  au pays des mines de charbon dans le nord de l’Angleterre.
Cette exposition montre à quel point j’en suis marquée.

Ma ligne d’horizon était une  «ligne noire», qui est le nom que je donne à mon paysage panoramique : avec les mines, les terrils, les wagons de charbon et les corons qui épousent les collines comme des chenilles processionnaires. L’éclairage du paysage projette des ombres agrandies et déformées comme dans les souvenirs.

Dans tous les foyers à l’époque nous nous chauffions et cuisinions au charbon. Souvent, en rentrant de l’école, je me trouvais devant une tonne de charbon bennée sur le pas de la porte. Le premier  arrivé à la maison ramasse le tas ! J’étais souvent de corvée. Certains morceaux étaient assez grands pour faire des sculptures, mais très friables. A la cassure, le charbon brillait comme de la laque. La poussière, douce et satinée, déposait un maquillage métallique. L’âtre était tapissé de suie d’un noir mat profond.

Le tout est noir : les briques des corons, les cendres sur les chemins avec des flaques d’eau noires et irisées. Aux jours pluvieux même les nuages nous renvoyaient la poussière et la suie en gouttelettes noires et grasses, qui tombaient sur le linge à sécher ( dessins «Les Nuages»).

Christine SUTTON (trois terrils)

Christine SUTTON (trois terrils)

Le charbon, l’anthracite, le graphite sont des matières identiques. Le goudron est un résidu de la transformation du charbon. C’est avec ces matières que je dessine «Les terrils», qui sont tellement  grands que je suis corps à corps avec le dessin, comme les hommes qui rentraient de la mine, noirs de la tête aux pieds, donnant ce fameux maquillage métallique.

En amont, je travaille sur le marquage. Le support est trituré, avec des pointes, cutter, crayon dur ou bien percé avec des roulettes de couturière. Puis repassé, mouillé, froissé. Enfin, le graphite …
A  force de crayonner, le papier se déforme. Le dessin, initialement plat, devient un dessin en volume et apparaissent la structure de l’épiderme piqueté du mineur ou les traces des machines qui modèlent le terril.

Christine SUTTON (goudron)

Christine SUTTON (goudron)

Le noir graphite, avec ses reflets métalliques, accentue la matière, les rides, le grain. Le noir brillant, (encre de chine ou acrylique) attire la lumière, ajoute des traces blanches au dessin. Le noir mat (pastel sec ou pastel à l’huile) absorbe la lumière, attire le spectateur vers les bas fonds. Ce jeu de mats et brillants joue sur la surface et la profondeur, crée des perspectives. Acceptation ou absorbtion du regard. Reflet ou refus. Côte à côte les noirs dévoilent leurs différences, créent la couleur.

Le noir est réceptacle.
Le noir est ventre de la terre.
Le noir est l’absence des couleurs ou la somme de toutes les couleurs.

Christine SUTTON
02 97 34 11 24
sutton.christine@wanadoo.fr
www.christine-sutton.com


Guy COLIN – Ex libris ( … à partir des livres)

Guy COLIN (Roma)

Guy COLIN (Roma)

Le procédé du found picture (littéralement « image trouvée », par analogie avec le cinéma en found footage) consiste à créer une composition par association de représentations iconographiques sans lien apparent entre elles si ce n’est celui d’une construction poétique et esthétique.

On pourra  reconnaître dans ces amalgames et sans exhaustivité :

  • des dessins de peintres du quattrocento, souvent des esquisses préparatoires plus modestes mais  plus fortes que les toiles apprêtées (Raphaël, Andrea del Sarto, Il Perugino, Jacoppo Bassano, …),
  • des silhouettes de mannequins aux corps dématérialisés, archétypes de la beauté, au même titre que la statuaire grecque ou romaine porteuse d’éternité, passeurs hiératiques entre l’ici et l’ailleurs évoquant ces anges éthérés et mutiques, liens tutélaires entre le ciel et la terre, fréquents dans la peinture classique,
  • la statuaire tumulaire, trait d’union entre l’esprit et la matière, déclinant également le mythe de l’éternité,
  • des graffitis urbains, des affiches délavées, signatures jetées sur les murs et messages offerts à celui qui dans la foule scrute ces annonces anonymes distrayant le regard au profit d’une « présomption de réalité »,
  • des éléments d’architectures érodés, de fresques dégradées, des écrits anciens et des palimpsestes,
    des objets métalliques industriels oxydés mais restant habités par un usage intense.
Guy COLIN (diptyque)

Guy COLIN (diptyque)

Ces constructions parlent des traces du temps, mais qui serait un temps créateur, néguentropique, (ce « Grand Sculpteur » célébré par Marguerite Yourcenar). Elles parlent du statut de l’image en privilégiant la ressemblance indiciaire, débarrassée des détails, provoquant un effet de présence plus que de conformité.

Ces transgressions discrètes, ces petites énigmes dans la hiérarchie des images sont racontées sur des supports mêlant métaux oxydés, papiers épais, papiers d’emballage, toiles, … etc. Les media sont le dessin à la pierre noire, la peinture acrylique, les pigments métalliques et leurs patines, la photo, l’infographie.

« … pour toute la beauté, jamais je ne me perdrai
… sauf pour un je-ne-sais-quoi qui s’atteint. »
Juan de la Cruz, poète espagnol

Guy COLIN
Atelier du Quinquis d’Andeas
29300 QUIMPERLE
02 98 39 39 29
contact@guycolin.com
www.guycolin.com


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