Exposition : les petites mains, photographies de Nathalie Louis

Du mardi 5 mai 2015 au jeudi 28 mai 2015

Lieu : Bibliothèque municipale

«Car les mains ont leur caractère,
C’est tout un monde en mouvement
Où le pouce et l’auriculaire
Donnent les pôles de l’aimant»

Extrait des «Mains» de Paul Verlaine, 1888

 

On dit souvent en photographie que les mains sont essentielles à l’expression d’un portrait, qu’elles sont le prolongement naturel du visage, et même de la pensée. Elles accompagnent, soulignent, renforcent, interrogent.

Il suffit pour cela de voir et revoir les portraits réalisés par Henri Cartier-Bresson pour se rendre compte de l’importance du geste dans l’expression humaine. Le poing fermé d’Ezra Pound, les mains dans le dos de Nehru, les fameuses mains croisées d’Irène et Frédéric Jolliot-Curie ou encore la large main sur le front de Martin Luther King. Autant de gestes essentiels, de mouvements subtils, de positionnements précis captés par l’œil décisif.

«Regarder mes doigts travailler, chacun fait son petit métier», raconte la comptine pour enfants.

Une «petite main» dans le langage de la confection est une ouvrière de mode débutante.

Les «petites mains» détiennent des savoir-faire et des connaissances qui en font des maillons indispensables à la production. La place qui leur est donnée, la reconnaissance qui est faite ou non de la dimension productive de leur activité est un précieux indicateur des choix et des valeurs d’une entreprise.

L’histoire des «petites mains»

Au départ, montrer un savoir-faire. Réaliser une série de cinq images illustrant les différents métiers d’un corsetier : stylisme, modélisme, coupe, piquage, finitions.

Ce fut, en tant que photographe, mes premiers pas dans un atelier de confection. Une soixantaine de femmes âgées de 30 à 60 ans y travaillent pour fabriquer des articles de lingerie-corseterie. Je voulais alors photographier des métiers et je suis revenue avec des images de mains. Nous étions en mars 2009. Quelques mois plus tard, en revenant sur ces premières images, il m’a semblé intéressant de retourner dans l’atelier et d’approfondir le sujet. Cette deuxième étape se réalisa un an après ma première rencontre avec ces femmes.

Début 2010, plusieurs journées de repérages pour rencontrer à nouveau les personnes, observer leurs gestes et le mouvement de leurs mains, les écouter parler de leur métier. Après ce temps d’écoute et d’observation est venu le temps de la prise de vue. Nous étions en septembre 2010. Je sentais au tout début de ma présence autour de leur activité un certain malaise, un malaise identique à celui ressenti par une personne au tout début d’une séance de portrait. Comme si photographier leurs mains, leurs gestes équivalait à faire leur portrait. Et elles avaient raison car il s’agit bien ici d’une série de portraits.

A l’instar d’un visage, les mains s’expriment, racontent une histoire, la leur et celle de leur métier. Elles dessinent, mesurent, attachent, piquent, coupent, pincent, posent, étirent, soutiennent,… Peu d’outils les accompagnent, une paire de ciseaux souvent, un mètre ruban ou encore une pince.

Au fur et à mesure du temps passé à leurs côtés, la confiance s’est installée et le geste s’est libéré. Les mains ont repris leur travail quotidien et je n’ai eu «qu’à saisir l’instant».

Je remercie très chaleureusement toutes celles sans qui tout cela n’existerait pas : Marlies, Edwige, Roselyne, Janine, Corinne, Monique, Sylvie, Fatima, Nicole, Marie-Pierre…

Nathalie LOUIS